
Matteo Castel et Joker Team, c’est fini : il revient sur cette page qui se tourne
Après avoir annoncé la fin de sa collaboration avec Joker Team sur ses réseaux sociaux, Matteo Castel nous a accordé une interview exclusive. L’occasion de revenir sur son aventure avec l’équipe et d’évoquer la suite de son parcours.

Six saisons, 48 courses, 22 victoires et 39 podiums: c'est ce qu'on retiendra de l'aventure du jeune pilote chez Joker Team. Après près de sept ans avec Joker Team, Matteo Castel s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre. De ses premiers tours de circuit au titre de champion du monde SWS décroché à seulement 17 ans, le pilote revient sur une aventure qui l’a fait grandir, sur les souvenirs qu’il emporte avec lui et sur ce qu’il espère trouver pour la suite.
Il n’a pas grandi dans une famille de passionnés de sport automobile. Pourtant, depuis l’enfance, Matteo Castel a les yeux tournés vers la piste. Passionné pour la Formule 1, son univers et ses étoiles, il découvre les sensations du circuit en famille, déterminé à poursuivre ses rêves, il intègre l’école de pilotage du RKC, puis viendra son intégration chez Joker Team. Étudiant en communication, marketing digital et transformation digitale a l’EFAP Paris en Master 2, le karting a ; en quelques années ; pris une place majeure dans sa vie. L’annonce de la fin de sa collaboration avec l’équipe marque aujourd’hui la fin d’un cycle. Il revient sur les étapes qui l’ont construit et sur l’avenir qu’il veut se donner.
Comment le karting est-il entré dans ta vie ? Est-ce qu’il y avait quelqu’un dans ta famille qui en faisait, ou est-ce que tu as découvert ça par toi-même ?
Je suis passionné de Formule 1 et de sport automobile en général depuis l’âge de cinq ans. Cette passion m’a suivi jusqu’à aujourd’hui, mais elle ne vient pas de ma famille. Ni mon père ni ma mère n’étaient des passionnés absolus de sport automobile. C’est vraiment venu de moi.
Aussi loin que je me souvienne, j'ai découvert les sensations du pilotage lors d'une sortie en famille. Depuis, cette passion ne m'a plus quittée. J’ai commencé le karting à 14 ans, en intégrant l’école de pilotage du RKC à Paris. Le passage à l’école de pilotage m'a beaucoup enseigné, mais le sens de la compétition a vite pris le dessus et c’est là que la passion a commencé à prendre une autre dimension.
[justifié] Tu te souviens de tes premiers tours ? Qu’est-ce qui t’a donné envie d’y retourner ?
Mes premiers tours de piste, c’était à Noël 2015, avec mon cousin. J’ai tout de suite eu envie d’y retourner. Les sensations étaient incroyables : la vitesse, le fait de pouvoir contrôler une machine et de la piloter librement… C’était complètement nouveau pour moi. J’ai adoré ça immédiatement. C’était une sensation que je n’avais jamais connue auparavant, presque comme une drogue. C’est quelque chose qui m’a suivi jusqu’à aujourd’hui, et je ne le regrette pas du tout.
[justifié] Comment as-tu découvert le SWS et qu’est-ce qui t’a attiré dans ce format de course ? À quel moment as-tu commencé à te dire que tu voulais vraiment faire ton chemin dans ce milieu ?
Quand j’ai commencé l’école de pilotage du RKC, je ne savais pas du tout qu’il existait un championnat comme le SWS. C’est mon coach qui m’en a parlé, parce que je voulais faire des courses ailleurs qu’au RKC. J’ai consulté le site, j’ai vu qu’il y avait beaucoup de courses et j’ai découvert le championnat comme cela.
J’ai ensuite testé plusieurs pistes. J’ai commencé par les courses sprint, puis j’ai continué à rouler et à découvrir ce milieu. C’est comme ça que mon parcours s’est construit, course après course.
Avant Joker Team, avais-tu déjà roulé dans une autre équipe ou suivi un parcours particulier ?
Avant Joker Team, j’étais à Objectif 24, l’école de pilotage du RKC qui s’appelle aujourd’hui Junior Team RKC. J’avais déjà fait des stages de pilotage au RKC, puis j’ai rejoint Objectif 24 en 2019. J’y ai roulé en 2019 et en 2020, et c’est là que j’ai appris les bases du pilotage. On travaillait le freinage, les trajectoires, les départs et les dépassements. Mais on apprenait aussi à gérer une course dans son ensemble : être intelligent en piste, prendre les bonnes décisions et éviter de perdre du temps. C’est vraiment là que j’ai appris le karting de A à Z.
Comment s’est faite la rencontre avec Joker ?
La rencontre avec Joker s’est faite assez naturellement. L’équipe avait été créée par d’anciens d’Objectif 24, fin 2017. On venait du même endroit et on avait été formés dans le même environnement. Il y avait déjà ce lien entre nous ; ils venaient souvent nous voir. Joker faisait partie de cette continuité.
Quand tu as intégré Joker Team, qu’est-ce que ça représentait pour toi à ce moment-là ? Qu’espérais-tu y trouver ?
C’était quelque chose de fou. Je considérais Joker comme la meilleure équipe du monde, ou au moins comme l’une des meilleures. Pour moi, tous les ingrédients étaient réunis : je pouvais progresser, apprendre aux côtés de pilotes très forts et participer aux plus grandes courses de karting.
J’avais seulement deux ans de pratique sérieuse de la compétition. Intégrer cette équipe à ce moment-là, c’était immense. Je voyais Joker comme le Graal, l’équipe que je rêvais de rejoindre. J’espérais pouvoir apprendre et franchir un cap à leurs côtés.
Tu as passé six saisons avec l’équipe, disputé 48 courses, remporté 22 victoires et signé 39 podiums. Quel souvenir te revient en premier quand tu repenses à ces années ?
Le titre de champion du monde en 2022 est une évidence. C’est un souvenir particulier parce qu’il y a tout un symbole derrière cette victoire. On s’est imposés en France, sur le circuit où nous avions tous fait nos débuts et où nous avions été formés. Nous venions tous d’Objectif 24. J’avais 17 ans et cela ne faisait que trois ans que je faisais du karting sérieusement. Avec le recul, je sais que j’ai réalisé quelque chose de très fort, et très tôt dans mon parcours.
Est-ce qu’il y a eu une période plus difficile que les autres, où tu as vraiment douté de toi ou de la suite?
Je n’ai pas connu de véritable période de doute. Il y a forcément eu des courses avec de mauvais résultats. Dans ces moments-là, on se remettait en question sur notre façon de travailler, sur la manière d’aborder une course ou de la gérer une fois en piste.
Mais ces périodes étaient temporaires. On analysait ce qui s’était passé, on essayait de comprendre ce qu’on pouvait améliorer et on repartait. Il y a eu des remises en question, mais pas de période où j’ai vraiment douté de la suite car nous avions une vraie synergie et une vraie cohésion dans l'équipe.
Le titre de champion du monde SWS en 2022 a marqué ton parcours. Qu’est-ce qui te revient de cette finale, au-delà de la victoire ?
Au-delà de la victoire, je repense surtout à ce qu’elle a représenté pour ma famille. Ma mère m’a soutenu depuis le début, elle a été là tout au long de ce parcours, tout ça c'est grâce à elle, je lui dois beaucoup et je ne la remercierai jamais assez pour ça. Après la victoire, j’ai appelé mon père. Il était en pleurs. Il m’a dit qu’il était fier de moi. Mon grand-père me l’a dit aussi. À cet instant, j’ai compris que cette victoire comptait bien au-delà de moi.
Du côté de mon père, on est très fiers, mais aussi très dignes. Alors les entendre me dire qu’ils étaient fiers, et sentir à quel point ça les avait touchés, ça m’a beaucoup touché. J’étais déjà très fier d’avoir gagné, mais pouvoir leur offrir cette fierté-là, c’est ce qui a rendu ce moment si particulier.
Qu’est-ce que les gens qui te voient courir ne savent pas forcément de toi ou de ce que tu vis autour des courses ? Comment as-tu fait pour concilier le karting avec tes études et ta vie en dehors du circuit ?
Je ne sais pas s’il y a forcément quelque chose que les gens ne savent pas de moi. Ce que je peux dire, c’est que j'aime rencontrer les membres des autres équipes, échanger avec eux et je m’entends bien avec tout le monde en général. On vient souvent du même milieu et on partage la même passion, donc c’est assez facile d’échanger.
Pour les études, j’ai toujours réussi à trouver un équilibre. J’ai commencé à gérer ça au lycée, puis avec ma licence, et aujourd’hui avec mon master. J’ai toujours réussi à concilier les révisions, le travail et le karting. Il faut beaucoup d’organisation et anticiper les choses, mais avec ça, tout se passe bien. Mes études sont importantes car il est important de se projeter dans l'avenir.
Dans ton annonce, tu écris que ton aventure avec Joker Team s’arrête ici. Comment as-tu vécu le fait de prendre cette décision et de tourner la page après ces saisons ?
C’est la fin d’un cycle évidemment. J’ai passé six ans, presque sept ans, avec eux. C’est une page de ma vie qui se tourne et un nouveau chapitre qui va commencer.
J’ai hâte de découvrir ce qui m’attend : de nouvelles choses, de nouvelles personnes, une nouvelle équipe. Je ne sais pas encore exactement ce que sera la suite, mais j’ai hâte de la découvrir.
Avec le recul, qu’est-ce que cette aventure t’a appris sur toi ? Et qu’est-ce que tu es fier d’avoir construit chez Joker Team ?
Je suis arrivé chez Joker à 16 ans et j’en pars à presque 22. J’ai vécu toute une transition, du passage de l’adolescence à l’âge adulte. J’ai appris à devenir l’adulte que je suis aujourd’hui.
Joker a contribué à faire de moi la personne que je suis. Je pense que l’équipe a eu une vraie place dans cette évolution, pendant toutes ces années.
Et maintenant, concrètement, quelle est la suite de ton programme ? Où pourra-t-on te retrouver, et qu’est-ce que tu as envie de vivre dans ce nouveau chapitre ?
Je ne connais pas encore la suite de mon programme. Quand j’aurai des nouvelles et que j’aurai rejoint une nouvelle équipe, je prendrais le temps de l'annoncer.
Ce que je souhaiterais vivre, c’est courir à l’étranger, découvrir de nouvelles pistes et de continuer à prendre de l’expérience. Je veux me confronter le plus souvent possible aux meilleures équipes du monde, parce que c’est dans ces courses-là qu’on progresse et qu’on apprend le plus.
J’ai déjà une bonne expérience en endurance, mais je sais qu’il me reste encore beaucoup à apprendre. J’aimerais aussi pouvoir apporter mon expérience à une équipe, y mettre ma patte et contribuer à son développement. Pour l’instant, je suis dans l’inconnu de ce nouveau chapitre, mais j’ai hâte de le découvrir.
Si tu pouvais revoir le Matteo de ses débuts en karting, qu’est-ce que tu aimerais lui dire ?
Je lui dirais qu’il est devenu champion du monde, qu’il a gagné deux fois les 24 Heures du Mans ; même si c’est en karting, ce n’est pas rien ! Et surtout qu’il a appris très vite.
Je lui dirais aussi de laisser le destin faire son chemin, de tracer sa propre route et de se rappeler qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même.